إعداد خطيب ماهر
Au nom d'Allah, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux.
Au nom d'Allah, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux.
Certes, la louange appartient à Allah ; nous Le louons, nous recherchons Son aide, nous implorons Son pardon et nous nous réfugions auprès d'Allah contre les maux de nos âmes et les mauvaises actions de nos oeuvres. Quiconque Allah guide nul ne peut l'égarer et quiconque Il égare nul ne peut le guider. J’atteste qu’il n'y a aucune divinité [digne d’adoration] excepté Allah, Unique et sans associé à Lui, et que Muhammad est Son serviteur et Son Messager. Qu'Allah prie sur sa famille, ses Compagnons et quiconque les suit en toute vertu et qu’Il les salue abondamment.
Ceci étant dit : Les gens ont constamment besoin de ce qui peut réformer leurs situations. En effet, la Législation Islamique est venu pour établir ceci. Et parmi cela, il y a ce qui est lié au sermon du vendredi ; c'est pourquoi, la responsabilité du prêcheur du vendredi est une immense responsabilité. C’est pour cette raison que nous avons souhaité réaliser ce livre intitulé : « Le résumé bénéfique pour le muezzin, l’imam, le prêcheur et les décrets liés aux mosquées » [1] et le traduire en plusieurs langues. En effet, il englobe plusieurs thèmes, notamment : - https://islamcontent.com/fr/single-content/74839.
La prière du Vendredi, son concept, son temps, et certains de ses décrets liés à la personne responsable, ainsi que le sermon du vendredi, son jugement, ses conditions, ses piliers, ses traditions, et sa traduction qui englobe aussi les qualités scientifiques et morales que le prêcheur doit posséder, les bienséances du sermon et du prêcheur, son objectif et ses buts, et la manière de le préparer.
Et dès lors où le sujet est d'une importance capitale, cette deuxième épître est venue sous le titre : Préparation d'un précheur habile, en tant qu'élargissement et complément du livre précédent.
Nous demandons à Allah qu'Il rende notre oeuvre vertueuse et sincèrement vouée à Son Visage, et qu'Il la bénisse. Et Allah est plus Savant. Et que la prière et la paix soient sur notre Prophète Muhammad.
L'importance du sermon
La chaire du vendredi est l’un des plus puissants - plutôt le plus puissant - moyen d’influence sur les gens lorsqu’elle est utilisée à bon escient. En effet, l’orateur s’adresse aux gens une fois par semaine, au fil des années. Peu ou proue, ces derniers lui ouvrent leur raison et leur poitrine, ne se laissant distraire de lui par rien, pas même en touchant un caillou, et reçoivent de lui, de manière répétée et continue, des conseils, des exhortations, des leçons et des leçons à tirer.
Un orateur à qui Allah a accordé la réussite et Il lui a donné un style convaincant et d’une grande éloquence, exerce sans aucun doute une influence profonde. Son impact peut être plus fort que celui d’un enseignant sur ses élèves, voire supérieur à celui des réseaux sociaux. Ceci parce que le sermon est rattaché à une immense adoration qui est la prière, et que l’orateur éloquent, sincère et habile dans l’art oratoire, s’adresse directement aux gens en se tenant devant eux. Ils perçoivent ses expressions faciales et ses regards, il les touche ainsi à travers l’ouïe et la vue, atteignant leurs cœurs et leurs raisons. Durant toute la durée du sermon, ils lui prêtent attention, tandis qu’il leur expose des arguments et des preuves évidentes rationnelles et scripturaires par lesquels il peut - par la permission d’Allah - les convaincre et corriger leurs compréhensions.
L'orateur accompli, à qui la réussite est accordée, est celui qui fait de la chaire l'une des portes les plus importantes pour la propagation du bien et de la science, sans s'y limiter. Bien au contraire, il participe et contribue dans tous les domaines du bien et de la bonté, dans la mesure de ses capacités. Où que se trouve le bien, on le trouve parmi ses pionniers, et où que soit le sacrifice pour Allah, on le trouve parmi Ses soldats.
Cet orateur est donc celui qui se consacre à l'appel à Allah et au bienfait des musulmans tout comme le furent les Prophètes et les Messagers - prière et salut sur eux - ainsi que les savants et les prédicateurs sincères envers la communauté de l'Islam ; et qui est soucieux de renouveller, captiver et susciter l'intérêt de ses auditeurs.
Il existe ainsi de nombreux prédicateurs qui possèdent les qualités nécessaires d’un bon orateur, mais dont le sermon n’a pas donné les résultats espérés, comme il est pourtant attendu de celui qui transmet le message avec véracité et sincérité.
Chaque vendredi, il leur propose un sujet qui parle à leurs sentiments et à leurs besoins, captive leurs cœurs et les réunit cinquante fois en une seule année. Y a-t-il donc un moyen plus puissant en termes d'influence que ce moyen-là ?
Il n’est donc pas surprenant que le sermon du vendredi soit l’un des préceptes les plus nobles de l’Islam et l’un des domaines les plus importants pour appeler à Allah, transmettre Sa législation et dresser l'argument contre Ses serviteurs. C’est un précepte que les adversaires de l’Islam aimeraient voir dans leur propre religion, au point qu’un des chefs de partis qui combat l'Islam a dit : « Ah ! Si seulement j'avais de telles chaires !? »
La valeur des sciences et des arts se juge à la hauteur de leurs objectifs. L’art oratoire, lui, vise à orienter les gens vers les réalités et à éveiller en eux le désir de ce qui leur est bénéfique dans cette vie d'ici-bas et dans la vie de l'au-delà.
L’art oratoire est considéré comme un des moyens de la souveraineté et du leadership ..
Dans l’art oratoire, il y a un immense prestige qui repose sur le fait que celui qui s’y consacre doit être alerte, connaisseur et éloquent. » [2]. " L'art oratoire chez les Arabes " (pages : 178-179) de Muhammad Al Khadr Husayn.
Le Législateur a imposé au fidèle de garder le silence pour t’écouter - mon frère orateur - pendant ton sermon. Le Messager d’Allah ﷺ a dit : « Lorsque tu dis à ton compagnon, le Jour du Vendredi : Garde le silence ! Alors que l’Imam prononce son sermon, alors assurément, tu as parlé en vain. » Unanimement Reconnu Authentique. [C'est-à-dire : Rapporté par Al Bukhârî et Muslim]. [3]. La signification de « Laghawt » est qu’il est privé de la rétribution liée au [Jour du] Vendredi. Rapporté par Al Bukhâri (n°934) et Muslim (n°851).
Plutôt même, il est parmi la Tradition que les gens se tournent vers toi. En effet, l'Imam An-Nawawî, Ibn Al Mundhir et Ibn 'Abd Al Barr (qu'Allah leur fasse miséricorde) ont rapporté le consensus sur le caractère recommandé de cela. [4]. Al Majmû' Charh Al Muhadhdhab (4/447).
Les Anges du Tout-Miséricordieux t'écoutent attentivement, alors estime-les à leur juste valeur.
Il te suffit, comme honneur et fierté - ô orateur du Vendredi - que les Anges du Tout-Miséricordieux soient présents auprès de toi pour écouter tes sermons et tes exhortations. Dans les Deux Recueils Authentiques [5], le Messager d'Allah ﷺ a dit : « Lorsque le Jour du Vendredi arrive, les Anges se placent à chaque porte de la mosquée et écrivent les fidèles dans l’ordre de leur arrivée. Ensuite, lorsque l’imam s’assoit, ils ferment leurs registres et viennent écouter le sermon [littéralement : le rappel]. » Rapporté par Al Bukhâri (n°3211) et Muslim (n°850).
Et lorsque tu ressens cela, alors la valeur du sermon sera exaltée dans ton cœur, et tu seras d'autant plus soucieux de dire la vérité, de t'acquitter du dépôt, de conseiller les gens, et de ne pas te soucier de leur regard ni de faire preuve de complaisance à leur égard.
Qui donc est similaire à toi - ô toi l'orateur béni - ?
Allah a ordonné aux gens de t’écouter attentivement et de rester silencieux pendant que tu parles. Il leur a même interdit d'être distrait, ne serait-ce en remuant des cailloux ou en réprouvant le blâmable pendant ton discours. Il a même fait en sorte que Ses Anges t’écoutent !
Ceci exige de toi que tu sois sincère pour Allah, tu conseilles avec la plus grande sincérité dans tes sermons et tes exhortations, et que le but de tes prêches soit le rappel d'Allah, l'exhortation des gens, les rendre clairvoyants sur les affaires de leur religion et ce dans quoi il y a leurs intérêts dans leur vie d’ici-bas.
***
Qu’est-il préférable : Improviser le sermon ou le lire sur une feuille ?
Il n'y a aucun doute que la lecture du sermon à partir d’une feuille de la part de l'orateur présente de nombreux avantages. Pour beaucoup de prédicateurs et d’orateurs, c’est souvent plus adapté que l’improvisation, et ceci est une réalité observée.
L’improvisation a un impact considérable sur l’interaction et l’enthousiasme de l'orateur qui - sans aucun doute - amène de l’émotion, de la ferveur et de la réactivité des auditeurs, et inversement.
Il est bien connu que lorsque les sens de l’ouïe et la vue sont sollicités en même temps, alors la compréhension, l’impact et l'enracinement de l’information sont renforcés, à la différence quand un seul sens est impliqué. Ainsi donc, un orateur qui improvise, regarde son auditoire et interagit avec lui par le regard aura plus d’influence que celui qui s'adresse à lui en lisant un texte, dont le message passe uniquement par l’ouïe. Même là, l’effet reste moins fort que chez l’orateur improvisant, car sa voix est souvent plus puissante et plus expressive.
Quiconque a expérimenté l’improvisation à plusieurs reprises, mais rencontre toujours beaucoup d’hésitation, ou de bafouillage, ou d’oubli, ou de peur et une tension forte, et n'observe aucune amélioration malgré les jours qui passent et la pratique, qu’il se tourne alors vers la lecture des sermons. En effet, l’improvisation n’est pas donnée à tout le monde. Tout comme Allah (Élevé soit-Il) a réparti entre les hommes les biens matériels, Il a aussi réparti les dons spirituels, comme les comportements, les aptitudes, les talents et les aspirations
Il existe huit étapes clés pour faciliter et préparer le terrain en vue d’une prestation réussie dans l'art oratoire.
Premièrement : Une invocation véridique dans l'aide pour cela et se tourner vers Allah (Élevé soit-Il) avec sincérité et supplication.
Deuxièmement : Une confiance véridique en Allah (Élevé soit-Il) dans cela et le fait de bien s’en remettre à Lui. En effet, Allah agit selon la pensée que Son serviteur a de Lui. Ainsi donc, quiconque place sa confiance en Lui, alors Il lui suffit et prend en charge ce qui le soucie et ce qu’il recherche.
Troisièmement : L'écoute d'orateurs distingués et le fait de tirer bénéfice de leurs expériences.
Quatrièmement : Il est préférable de prononcer le sermon séparément, même si c’est à l’intérieur de la mosquée via le haut-parleur interne. Et si cela se fait depuis le minbar, alors c’est encore mieux.
Cinquièmement : Le fait de s'entraîner à exprimer ses sentiments et à renforcer son émotion.
J'ai profondément réfléchi aux plus grands secrets des maîtres de l’art oratoire, de l’élocution et de l’influence, j’ai trouvé - après la réussite accordée par Allah - que le secret et la raison de cela repose sur la puissance de leur émotions qu'ils possèdent et sur leur aptitude à exprimer leurs sentiments en détails plutôt que de façon générale, tout en respectant les principes religieux légaux.
En effet, la puissance de l’émotion pousse celui qui possède l’éloquence à la montrer et celui qui a la sagesse à l’exprimer, séduisant ainsi les cœurs par son charme et captivant les esprits par sa beauté et son talent. En revanche, celui dont l’émotion est faible, une grande partie de son savoir disparaît avec la fin de son émotion, et son influence sur les autres s’éteint avec la disparition de ses sentiments.
L'orateur doit donc être animé d’une réelle ferveur dans ce à quoi il prêche et croire en sa véracité car ce qui vient du cœur touche le cœur. Ainsi donc, la ferveur de l'orateur doit être plus forte que celle de ses auditeurs pour se transmettre à eux et apaiser leur soif. Sinon, ils sentiront sa tiédeur et sa parole perdra tout son impact.
Il est obligatoire de beaucoup s’exercer en couchant ses pensées et ses sentiments sur le papier, en se les exprimant à soi-même, puis en les partageant avec une personne que l'on aime.
Plus les sentiments sont retenus et emprisonnés, plus ils s'assèchent et se tarissent ; et plus ils sont libres – à condition qu'ils soient conformes aux principes religieux légaux – plus ils jaillissent et s'écoulent, abreuvant ainsi les feuillets d'écriture et de classification, les tribunes de sermon et d'éloquence, et les gens d'amour et de tendresse.
Laisse donc libre cours – mon frère orateur – à tes sentiments et à tes émotions ; pour que vive en toi et en autrui l'esprit de la vie, de la créativité, du renouveau, de la croissance et de la miséricorde.
Quiconque donc les sentiments sont nobles, alors ses comportements s'ennoblissent, son âme s'élève, ses bien-aimés se multiplient, ses ennemis diminuent, son argument devient manifeste, son éloquence se renforce et son élocution s'accroît.
Sixièmement : La recherche du conseil sincère auprès d'une personne véridique, douée de raison, expérimentée et bienveillante, qui lui indique ses défauts pour qu'il les évite, et ses qualités pour qu'il s'y ancre et les augmente.
Septièmement : La préparation précoce du sermon.
Huitièmement : La lecture d'ouvrages relatifs à la préparation du sermon et à la manière de s'adresser. [6]. - Voir : Le résumé bénéfique pour le muezzin, l'imam, le prêcheur et les jugements liés aux mosquées : 95. https://islamcontent.com/ar/single-content/74839.
L'anxiété et la tension au début de la prononciation d'un sermon sont une chose familière et habituelle.
Lors de tes premiers sermons, tu ressentiras de l'anxiété et de la peur ; cela est dans la nature de tous les êtres humains. Il se peut que tu aies le sentiment que cela provient du regard des gens sur toit et de ta propre pensée quant à ta faiblesse scientifique.
Il se peut que ton anxiété augmente de par ton sentiment que les gens ressentent cela et le répugnent de la part de l'orateur. Il se peut que cela soit une cause pour laquelle ils se détournent de toi.
Il n'y a aucun doute qu'avec ton attachement fréquent à Allah, ta confiance en Lui, ton invocation véridique et une longue pratique, la peur se dissipera complètement jusqu'à ce que tu parviennes au stade où tu prendras plaisir au sermon et tu attendras le Jour du Vendredi pour savourer le délice du sermon.
Ce n'est donc que par la patience que s'ouvrent pour l'individu les trésors de la réussite et les grâces du Noble, le Grand Donateur (Glorifié soit-Il).
Le fait de supporter la pénibilité de l'effort au début permet l'obtention de l'étendue de la félicité, du statut et du bonheur à la fin.
Dis-toi en toi-même : Après la détresse ne vient que la délivrance et la dissipation de la gêne, et après la fatigue ne vient que le repos. En fait, ce n'est que patience d'un moment ; sois donc patient et persévérant pour t'élever sur les chaires et de proclamer l'appel à Allah. Assurément, Allah a été véridique et qui est plus véridique qu'Allah en parole : {Ceux qui luttent pour Notre cause seront certainement guidés vers le droit chemin.} [L'Araignée, 29 : 69].
Et quelle belle parole que celle de Qatâdah (qu'Allah lui fasse miséricorde) : « Ô fils d'Adam ! Si tu ne veux accomplir le bien que par activité, alors ton âme est encline à la lassitude, la langueur et l'ennui. Mais le croyant est celui qui s'impose l'effort et le supporte, le croyant est celui qui se renforce, et le croyant est celui qui est ferme. » [7]. Ce qui est visé par le terme : ferme, désigne : celui qui est fort dans la préservation des œuvres de bien et impose à sa personne d'être assidu dans celles-ci. - Tafsîr Al Qurtubî (1/251). La narration de Qatâdah (qu'Allah lui fasse miséricorde) est rapportée par Abû Al Qâsim Ibn Buchrân Al Baghdâdî (mort en 430 H) dans son : Amâlîhî (n°1454).
Les causes pour surmonter la peur excessive de la prise de parole en public
La peur - surtout au début - est un sentiment familier et habituel, comme il a été mentionné précédemment. Plutôt, elle est même positive : elle aide à soigner le sermon et à le préparer, et elle réfrène l'excès de confiance en soi, lequel conduit à sous-estimer les gens, ainsi qu'à négliger la qualité du contenu scientifique et le choix des termes et des sens appropriés.
Cependant, la persistance de la peur à chaque sermon et sur une longue période est quelque chose de négatif - c'est ce que l'on nomme à l'époque moderne les phobies sociales - : il convient donc de prendre les mesures nécessaires pour s'en débarrasser, parmi lesquelles :
Premièrement : Être sincère pour Allah (Élevé soit-Il), se réfugier auprès de Lui (Élevé soit-Il) et multiplier l'invocation pour qu'Il t'accorde la tranquillité et fasse descendre la sérénité sur ton cœur.
Deuxièmement : Consommer certaines boissons apaisantes avant le sermon, comme la menthe et ce qui y ressemble car cela a pour effet de calmer l'anxiété et la peur.
Troisièmement : Habituer son âme à entendre la critique, et à s'en réjouir ; afin que cela soit une échelle vers le progrès et la créativité et à ne pas craindre l'erreur.
Quatrièmement : Arriver tôt. En effet, il ne fait aucun doute que l'orateur qui arrive précipitamment pour rattraper le temps aura l'esprit agité, le cœur troublé et sera en proie à une anxiété et une tension qui l'impacteront et perdureront jusque pendant le sermon.
Cinquièmement : Lever la tête pour regarder les fidèles et parler parfois de manière improvisée, même si l'on rencontre au début des difficultés, des erreurs et des hésitations, car persister à ne pas s'écarter de ses notes et à ne pas regarder le public avec assurance fait perdre aux auditeurs l'enthousiasme pour le discours et entretient la peur et l'appréhension de la chaire (Al Minbar).
Certains orateurs, qui prêchent pourtant depuis des années mais ne s'écartent pas de leur feuille et ne regardent pas l'auditoire, ont déclaré ressentir de la peur et de l'anxiété à chaque sermon. Bien plus, l'un d'eux dit : « À chaque sermon, c'est comme si je prêchais pour la toute première fois, en raison de l'angoisse et de la frayeur ! »
Cependant, ne regarde pas les visages des gens au début de tes sermons, car ton regard pourrait se poser sur quelqu'un que tu crains et te troubler, et le regard des gens pourrait t'intimider. Regarde plutôt leurs têtes, sans te concentrer sur leurs personnes et leurs yeux.
Sixièmement : Lorsque tu montes sur le minbar, ne pense pas aux aspects négatifs ou aux erreurs qui pourraient survenir ; pense plutôt aux résultats positifs attendus, par la permission d'Allah, et aux grands bienfaits que tu récolteras de ton sermon : être bénéfique aux fidèles, la réussite qu'Allah t'accordera pour accomplir le précepte consistant à ordonner le convenable et interdire le blâmable, et l'appel à Lui.
Septièmement : Pratiquer une respiration correcte avant le sermon ; ceci consiste à prendre une inspiration profonde par le nez, puis à retenir l'air pendant quelques instants, et enfin à l'expirer lentement. Cette respiration a un effet considérable pour éliminer la tension ; les spécialistes et les médecins ont mentionné que la respiration normale envoie de sept à dix litres d'oxygène vers le cerveau, tandis que dans les cas d'une respiration correcte, elle en envoie environ soixante-quinze litres. Ceci conduit à une réduction des niveaux des hormones de l'anxiété et de la tension. Et assurément, cette pratique a été expérimentée et son effet considérable a été constaté pour éliminer la tension, l'angoisse et l'anxiété.
Pendant le sermon, essaye donc de prendre une profonde inspiration sans attirer l'attention ni le regard des personnes présentes. Pour ce faire, inspire rapidement une grande quantité d'air par la bouche ou le nez lors d'une pause appropriée, puis, après cette inspiration, poursuis ton propos. Fais ainsi à presque chaque pause.
La meilleure approche face aux critiques infondées.
Mon frère orateur ! Lorsque tu es convaincu d'une décision que tu as prise, ou d'un style que tu as agréée, ou d'un chemin que tu as emprunté, après un profond regard et une profonde réflexion et après consultatution de gens d'expérience, alors ne prête pas attention aux critiques et aux détracteurs ; en effet, personne n'échappe, quoi qu'il fasse et quelle que soit l'élévation de son rang, à la critique des gens.
Et si tu prêtes attention à leurs critiques : ton aspiration faiblit, ta poitrine s'oppresse, et tu perds le désir de développement et de créativité.
Il n'y a ni livre, ni article, ni œuvre, sans que quelqu'un n'y trouve un défaut et ne le critique.
Tu dois traiter avec douceur et respect ceux qui émettent une critique, leur répondre de la meilleure manière et accepter la part de vérité qu'ils apportent, sans être rude dans cela, même si celui qui critique n'a pas d'importance à tes yeux.
Recommandations à l'orateur avant le sermon
Il t'appartient - ô frère orateur - d'accomplir plusieurs choses avant le sermon, après avoir demandé l'aide d'Allah (Élevé soit-Il) pour te tenir sur le minbar et prononcer ton sermon. Notamment :
Premièrement : Aie à l'esprit que tu vas transmettre les messages d'Allah et appeler à Lui, et lis - parfois - Sa parole (Élevé soit-Il) : {Qui, pénétrés de la crainte d’Allah, transmettaient Son message sans redouter les reproches de personne.} Ensuite, récite - à d'autres moments - Sa parole (Élevé soit-Il) : {Qui donc pourrait tenir meilleur discours que celui qui appelle les hommes au culte exclusif d’Allah, accomplit de bonnes œuvres et proclame sa soumission au Seigneur ?} [Les Versets Détaillés, 41 : 33].
Ainsi que Sa parole (Élevé soit-Il) : {« Dis : « Voici ma voie : j’appelle les hommes, avec la plus grande clairvoyance, à vouer un culte exclusif et sincère à Allah, imité en cela par ceux qui me suivent. Gloire à Allah ! Je ne suis point du nombre des païens. »} [Joseph, 12 : 108].
Et ceci te pousse à davantage de sincérité, d'aspiration et d'imitation du Prophète ﷺ et à garder à l'esprit la finalité suprême du sermon qui est celle pour laquelle Allah (Élevé soit-Il) a envoyé Ses Prophètes et Ses Messagers : la transmission de la religion et sa propagation. Et ceci est la plus immense des fonctions en ce bas-monde.
Deuxièmement : Invoque Allah juste avant de monter sur le minbar pour qu'Il t'accorde la sincérité, la réussite et la justesse, et que ce que tu dis te soit bénéfique ainsi qu'à autrui. en effet, combien d'orateurs et de prédicateurs ne sont pas eux-mêmes exhortés par ce qu'ils disent ; et même s'ils le sont, ils oublient rapidement ce qu'ils ont dit, qui plus est si une longue période s'est écoulée.
Demande-Lui (Élevé soit-Il) toujours qu'Il t’accorde l’éloquence et la clarté.
Troisièmement : Préparer une série de sermons, souvent longtemps avant de les prononcer, avec parfois des mois ou même des années qui s’écoulent entre leur rédaction et leur présentation.
Cela, au moment où un sujet te vient à l’esprit, ou qu’au fil de ta lecture tu tombes sur un enseignement précieux, ou un hadith marquant, ou un verset sur lequel tu as profondément réfléchi, alors note-le tout de suite, sans attendre, tant que les sentiments sont intenses et les idées claires. Si tu retardes l'écriture de cela, alors tes pensées risquent de s’échapper et il sera plus difficile de te les avoir de nouveau à l'esprit. Ensuite, écris tout ce que ton esprit t’inspire spontanément. Puis, après cela, commence à rassembler la matière scientifique - sans formalisme - issues du Livre, de la Tradition prophétique et des paroles des gens de science que tu as découvertes en lisant leurs livres ou ceux dont tu les cites ; puis recherche dans la Maktabah Ach-Châmilah ou sur Internet si nécessaire.
J’ai prêté une attention particulière aux versets coraniques, aux hadiths prophétiques, aux paroles et dires des Prédécesseurs, à l’Histoire, ainsi qu’aux propos des savants contemporains pieux, surtout en lien avec les questions nouvelles et les événements.
Ainsi donc, tout ce que tu trouveras en lien avec le sujet du sermon, mets-le simplement dans un fichier sur l’ordinateur, sans classification ni vérification.
Continue ainsi pour tous les sujets et bénéfices qui te viennent à l’esprit ou que tu rencontres : note aussitôt ce qui t’inspire, fais des recherches et rédige ce que tu peux, puis mets-le de côté et reprends ta lecture habituelle. Si tu trouves ensuite un bénéfice, ou un verset, ou un hadith lié à l’un des sermons que tu as écrits, en entier ou en partie, ajoute-le simplement à celui-ci.
Il se peut que le sermon reste avec toi pendant plusieurs années ; n’hésite pas à le partager lors de tes cours, conférences ou interventions, car tu découvriras alors des nuances et des bénéfices auxquels tu n’avais pas pensé auparavant. Tu te remémoreras des éléments oubliés, et il sera prêt et abouti – autant que possible – lorsque tu le prononceras pour le sermon du vendredi.
Quatrièmement : Présente-le en entier ou en plusieurs parties à travers des allocutions dans les mosquées ou lors de tes assemblées privées, et l'objectif de cela est :
a- L'enracinement des informations et leur mémorisation.
b- Leur propagation parmi les gens, et plus particulièrement dans les mosquées qui ne sont pas proches de la grande mosquée où tu prononces le sermon ; en effet, généralement, ton groupe n'est pas présent auprès de toi.
R : Un examen plus approfondi du sujet ; en effet, généralement, lorsque tu prononceras ton sermon il t'apparaîtra pendant ou après celui-ci des points importants qu'il convient de discuter, ou des questions et des demandes d'éclaircissements de la part de tes auditeurs.
Cinquièmement : Le jour du Vendredi, prononce-le environ deux heures avant le sermon, de la même façon que tu le ferais durant celui-ci.
Sixièmement : Ne te surcharge pas dans une recherche ou une préparation trop poussée. Que ton souci soit de rassembler un contenu qui te soit d’abord bénéfique, ensuite qui est bénéfique pour des auditeurs de tous niveaux.
En effet, j'ai remarqué que la surcharge dans n’importe quel domaine, est préjudiciable et pénible et que, généralement, elle conduit celui qui s’y adonne à abandonner, ou à ressentir de la lassitude et de l'ennui.
Recommandations pour l'orateur pendant le sermon
Il est important de garder à l’esprit plusieurs éléments pendant le sermon, notamment :
Premièrement : Ne cherche pas à simuler ou dissimuler tes sentiments au moment où tu vis les évènements des histoires, les situations ou les leçons à tirer ; selon le contexte, manifeste-les par les traits de ton visage, le regard de tes yeux et les nuances dans l'intonation de ta voix.
Sache que ton élocution a d'autant plus d'impact qu'elle est naturelle et que tu ne te surcharges pas. Sois donc fidèle à ton naturel sur lequel tu es et au style que tu emploies pendant ton discours et ton propos en dehors du sermon, tout en soignant les intonations de ta voix et en améliorant ta prestation.
Beaucoup d'orateurs adoptent pour leurs sermons un style complètement différent de celui qu’ils utilisent habituellement, comme s’ils pensaient que l'art oratoire devait suivre un schéma fixe et un ton particulier. Ceci finit par réduire leur influence sur les auditeurs et leur capacité à toucher les cœurs.
Deuxièmement : Ne débite pas le sermon d’un seul trait et ne te précipite pas au point de priver l’auditeur d’une écoute attentive. Adresse-toi lentement [aux gens], fais de courtes pauses quand c’est nécessaire et veille à l'intonation de ta voix en fonction du passage. Ainsi donc, hausse ta voix et parle plus vite lorsque la situation implique cela.
Troisièmement : Planifie la durée du sermon avec exactitude et ne l’allonge qu’en cas de besoin.
Quatrièmement : Lorsque tu vois une infraction de la part des fidèles pendant le sermon, comme quelqu’un qui parle et tu considères que tu dois en parler pendant le sermon, alors adresse un doux rappel de manière générale que ceci est une erreur.
Recommandations pour l'orateur après le sermon
Après le sermon, il y a plusieurs choses qu'il convient que tu fasses, notamment :
Premièrement : Louer Allah (Élevé soit-Il) pour t'avoir accordé la réussite dans l'acquittement du sermon.
Deuxièmement : Écouter tes sermons après les avoir prononcés dans le but de rechercher les points positifs pour les renforcer et les consolider, ainsi que les points négatifs pour les éviter et t'en écarter.
Et tout ceci :
Premièrement : En guise majestuosité envers la position du sermon ; en effet, il possède une valeur et un statut particuliers dans l’Islam.
Deuxièmement : En guise de respect pour les fidèles qui sont venus par obéissance à leur Seigneur, en réponse à l’appel de leur Créateur et par amour d’écouter ce que tu as à dire.
Il t'est aussi possible de le confier à quelqu’un qui te conseille en toute sincérité, pour qu’il t’indique les points forts et les points faibles de ton sermon.
De même, si c’est possible de l’enregistrer et de le propager, plus particulièrement dans les pays où il y a peu d'orateurs de sorte à le propager pour que les gens qui ne prient pas avec vous puissent en profiter, et qu’elle soit disponible en format audio et écrit.
Et s’il se faisait une page sur les réseaux sociaux, ainsi qu’un site web personnel, ce serait une excellente idée.
De même, la collaboration avec les sites qui diffusent les sermons, ainsi que la diffusion de ces sermons sur ces plateformes, en particulier lorsqu’ils sont traduits, est précieuse en raison de leur rareté.
Conseils généraux pour l’orateur et le prédicateur à Allah.
Mon frère, orateur du vendredi ! Voici pour toi quelques conseils qui ne sont qu’un simple rappel pour nous.
[1] « Annoncez les bonnes nouvelles et ne faites pas fuir ! »
Un bon orateur à qui la réussite et le succès ont été accordés est celui qui annonce les bonnes nouvelles sans faire fuir, qui diffuse chez les gens l'esprit de l’optimisme et de l’espoir autour de lui, qui balaie la poussière du désespoir et la paresse, et qui incite à s'efforcer et oeuvrer.
Mon frère orateur ! Attention à ce que les sujets de tes sermons soit uniquement centrés autour des tragédies, des malheurs et des aspects négatifs qui peuvent survenir à tout moment et en tout lieu. Plutôt, dans ton sermon, privilégie l’optimisme et la mise en avant de modèles inspirants, qu’ils soient dans les comportements, les conduites, les personnes, pour que chacun puisse les suivre comme exemples et repères.
Si tu remarques une erreur, il n’y a aucun mal à la signaler et avertir les gens, tant que c’est fait de la manière légale et avec le style qui convient.
[2] Fais en sorte que l'ensemble des gens soit toujours devant tes yeux.
Garde toujours à l’esprit l'ensemble des gens – qu’Allah te protège – car ce sont eux qui ont le plus droit et qui sont les plus dignes de bénéficier de tes sermons et tes exhortations ; en raison de la parole du Prophète ﷺ adressée à ‘Uthmân ibn Abî Al ‘Âs (qu’Allah l’agrée) lorsqu’il fut établi en tant qu'imam auprès de son peuple : « Calibre-toi sur le plus faible d'entre eux. » [8]. Rapporté par Abû Dâwûd (n°531), Ibn Mâjah (n°987), Ahmad (n°17906) et d'autres, et authentifié par Al Albânî.
C'est-à-dire : Prend en compte la situation des plus faibles et fais une prière qui ne leur soit pas pénible. Prendre en considération les personnes ayant moins de facilité de compréhension est tout aussi important que prendre en compte celles qui sont physiquement fragiles.
En effet, si tu t’occupes uniquement de leur élite et de leurs proches, de tes partisans et de tes étudiants, tout en négligeant le reste des gens, alors cela te conduira à plusieurs écueils :
Le premier : Se surcharger dans le choix des expressions, dans la déclamation d'une prose rimée élaborée de façon artificielle et des thèmes adaptés à leur niveau, mais au détriment de la grande majorité des gens ordinaires et ceux qui leur ressemblent.
Le deuxième : Priver les gens ordinaires de ce qui pourrait vraiment leur être bénéfique en matière d'exhortations et de traitement des questions sociales, parce que tu t'es préoccupé de ce qui intéresse surtout les intellectuels et quelques autres. Certains veulent entendre des discours sur les subtilités des sciences, les déductions ou ce qui est nouveau et original, tandis que d’autres préfèrent écouter de de politique et s’immerger [à l’excès] dans la réalité contemporaine. Mais tout cela ne leur apportera aucun bénéfice, ni dans leur religion, ni dans leur vie d'ici-bas.
Le troisième : La corruption de l’intention : au lieu d’être spécifiquement dédié à Allah, le sermon devient en fait dédié à la recherche de l’approbation de tes admirateurs et la quête de ce qui leur plaît et les satisfait.
Ainsi donc, dès lors où tu vois l’admiration des gens pour tes sermons et leur envie d’y assister et de les écouter, alors il n'y a aucun doute que tu tiendras compte de cela et tu prêcheras ce qui les satisfait.
Alors, Allah (Élevé soit-Il) t’enlèvera la bénédiction et l’acceptation, ainsi que l'avantage et le bénéfice.
Que l'orateur se soucie d'être bénéfique aux gens communs ne signifie pas qu'il ne doit pas aborder des questions importantes qui peuvent être au-dessus du niveau de beaucoup d'entre eux, et dont certains spécialistes comme les étudiants en science [religieuse], ou les responsables et ceux qui leur ressemblent peuvent profiter ; mais selon le besoin.
[3] Attention à la vanité de ton égo et au compliment des gens à ton égard.
Au moment où l’orateur du vendredi monte sur le minbar et aperçoit la foule venue exprès pour l’écouter, où il voit parmi eux le savant, le médecin, le notable, le juge, le riche et le responsable, etc. La vanité peut alors entrer en lui, surtout s’il sait que beaucoup sont là spécialement pour lui. C’est pourquoi, il est essentiel pour l'orateur avisé de chercher refuge auprès d’Allah contre la vanité et la tromperie, de lutter chaque vendredi pour être délivré de la vanité et l’admiration de soi, et de faire revenir la grâce à Allah (Élevé soit-Il) qui est Celui qui a guidé les gens vers lui.
Certains prédécesseurs ont dit : « Lorsque tu t’assois avec les gens, alors sois un exhortateur pour ton cœur et ta personne. Ne te laisse pas leurré par leur rassemblement autour de toi. En effet, ils scrutent ton apparence extérieure tandis qu’Allah scrute ton for intérieur. » [9]. - Madârij As-Sâlikîn Bayna Manâzil Iyyâka Na‘budu Wa Iyyâka Nasta‘în (2/66).
Sois donc sincère pour Allah (Exalté et Magnifié soit-Il) et fortifie ta foi. Méfie-toi d'être séduit par les compliments des gens à ton égard. En effet, beaucoup de personnes exagèrent dans leurs éloges mais toi tu es plus connaisseur de ta personne que quiconque autre !
Ibn Al Jawzî (qu’Allah lui fasse miséricorde) a dit : « La plus grande épreuve, ce sont les compliments du grand public, car combien de personnes ont été leurrées. » [10]. - Sayd Al Khâtir (page : 67).
Et il n'est pas blâmable que tu te réjouisses des éloges que les gens t'adressent ou qu'ils font de tes sermons, car il a été dit au Messager d’Allah ﷺ : « Que penses-tu de l’homme qui accomplit une œuvre de bien pour laquelle les gens le louent ? » Il a alors dit : « Telle est la bonne annonce immédiate du croyant » [11]. Rapporté par Muslim (n°2642).
Ainsi donc, lorsque le croyant oeuvre : « Il oeuvre sincèrement pour Allah, ensuite Allah place pour lui le bel éloge dans le cœur des croyants ; il se réjouit alors de la grâce d'Allah et de Sa miséricorde, et il y voit une bonne nouvelle à travers cela ; et ceci ne lui porte aucun préjudice. » [12]. - Jâmi' Al 'Ulûm Wal Hikam (1/84), d'Ibn Rajab.
En fait, le défaut et le péché, c'est lorsque la vanité te gagne en raison de leurs compliments, alors tu te réjouis de ton effort et de ton œuvre, tu t'en attribues le mérite, et ta joie ne provient pas de la grâce d'Allah, de Sa miséricorde et de Sa générosité, Lui qui t'a apporté le bien, te l'a fait aimer et te l'a facilité.
Le signe du mal de l'admiration : la répulsion de la critique et la répugnance du sincère conseiller.
[4] Parle de ce qui leur est bénéfique pour leur religion et leur vie d'ici-bas.
Fais entendre à ceux qui sont venus t'écouter ce qui leur est bénéfique pour leur religion et leur vie d'ici-bas, et interroge-toi pendant ta préparation : « Quel bénéfice vais-je apporter aux gens dans leur religion et leurs comportements, une fois qu'ils seront sortis de la mosquée ? »
Quant à ce dont ils n'ont tiré aucun profit, ne le mentionne donc pas.
Quel profit tireront-ils à ce que je leur parle des subtilités de la politique, par exemple, ou que je m'étende sur les malheurs des musulmans ?
Quelle utilité tireront-ils de ma présentation d'un sujet enveloppé d'ambiguïté, à cause de son caractère délicat et de ma crainte de l'exposer ouvertement, ce qui me contraint à user d'allusions et de propos détournés que seule l'élite de l'élite peut saisir ?
Quel profit en tireront-ils lorsque je conseille le dirigeant devant les gens, de manière explicite ou implicite, alors que les Pieux Prédécesseurs ont interdit le conseil public au dirigeant ; car cela suscite généralement des troubles et porte préjudice à l'orateur.
[5] Le fait de veiller à rester calme pendant le sermon
On doit être calme pendant le sermon et ne pas se laisser emporter par l'enthousiasme au point de sortir du sujet, ou de tenir des propos que l'on pourrait regretter par la suite. En effet, lorsque l'enthousiasme de l'orateur s'intensifie, il perd généralement sa concentration et le contrôle de ses paroles, et sa voix peut s'élever au point de gêner de nombreux auditeurs.
[6] La mise en garde contre la prolongation du sermon
Le Prophète ﷺ raccourcissait le sermon, tout comme le firent ses Sompagnons (qu'Allah les agrée) et quiconque est venu après eux parmi les prédécesseurs de la communauté (qu'Allah leur fasse miséricorde).
Abû Wâ’il (qu'Allah lui fasse miséricorde) a dit : « ‘Ammâr (qu’Allah l’agrée) nous fit un sermon concis et éloquent. Lorsqu'il descendit, nous lui dîmes : Ô Abû Al Yaqzân ! Assurément, tu as été vraiment éloquent et concis. Si seulement tu l'avais prolongé ! Alors, il a répondu : Certes, j'ai entendu le Messager d’Allah ﷺ dire : « Certes, la prolongation de la prière de la personne et le raccourcissement de son sermon est un signe de sa compréhension de la religion. Ainsi donc, prolongez la prière et raccourcissez le sermon, et certes, dans l'éloquence, il y a une part de sorcellerie. » [13]. - Rapporté par Muslim (n°869).
Sa parole (تَنَفَّسْتَ) : Tu l'avais prolongé. C'est-à-dire : Tu avais prolongé le sermon.
Sa parole : (مَئِنَّةٌ) : C'est-à-dire : Un signe. Sa parole : (مِنْ فِقْهِهِ) : C'est-à-dire : Ce par quoi on reconnaît la compréhension d'un homme et toute chose qui en indique une autre en est un signe.
Trois précieux enseignements peuvent être tirés de la brièveté du sermon :
Le premier : Le suivi de la Tradition [prophétique].
Le second : La facilité dans la préparation du sermon et la tranquillité d'esprit pendant sa préparation, sa transmission et après son achèvement.
Beaucoup d’orateurs se souciaient énormément du sermon, dès le Fajr du vendredi, voire même avant, et leur esprit était entièrement pris par sa préparation. Mais en le raccourcissant à moins de dix minutes, cette préoccupation a totalement ou largement disparu.
Le troisième : L'allègement pour les auditeurs ; en effet, la plupart des gens apprécient celui qui écourte son sermon et fuient celui qui le prolonge.
La durée idéale pour un sermon, tant pour l’orateur que pour les auditeurs, est de dix à quinze minutes approximativement. La plupart des gens s’accordent à dire qu’un discours plus court est plus agréable et léger qu’un discours qui se prolonge.
[7] Évite le langage obscur.
Évite le langage trop sophistiqué : les gens n’ont pas besoin de ce type de paroles, qui ne leur apporteront rien ; et il est possible que l’âme y trouve une certaine part à les répéter ou à en abuser.
Les lettrés et les rhéteurs reconnus ont mis en garde contre les paroles obscures.
[8] Évite la surcharge de la prose rimée.
La rime [As-Saj'] est « la correspondance des fins de phrases en prose sur un même rythme. » Le Législateur Sage a interdit de se surcharger dans son usage et les lettrés et les rhéteurs l'ont répugnée : « car la rime entraîne souvent une surcharge de termes qui distrait les auditeurs et nuit à la compréhension parfaite du sens. Si elle est tolérée, c’est uniquement lorsqu’elle apparaît naturellement, sans effort excessif ; c'est-à-dire : la rime qui vient à l’orateur plutôt que celle que l’orateur se force à trouver. » [14]. - Usûl Al Inchâ' Wal Khitâbah (page : 126), d'Ibn 'Âchûr.
Évite donc de te surcharger par des rimes. En effet, cela te demandera un effort pour les construire et fera aussi peiner ceux qui t’écoutent à les comprendre. Mais si elles te viennent facilement à l'esprit avec des mots simples qui coulent sur ta langue et simples à saisir pour l’auditeur, alors il n’y a aucun problème.
[9] Le soin apporté à la bonne tenue de l'apparence.
L'orateur doit autant prendre soin de son apparence extérieure que de son for intérieur. L’état, bon ou mauvais, de l’extérieur reflète simplement celui de l’intérieur. Ainsi, une bonne apparence de l'orateur doit être comme suit :
Le premier : La beauté et la propreté de son habit, sans exagération ni outrance.
Le deuxième : La beauté de son corps : être propre, sentir bon, se raser ou se tailler la moustache et se laisser pousser la barbe.
Le troisième : La beauté de son visage, qui se traduit par sa gaieté et son sourire lorsqu’il salue les gens à l’extérieur de la mosquée, au moment de son entrée pour le sermon et après l'avoir achevé. En effet, un sourire sincère, un visage radieux et une bonne humeur font aimer l'orateur, ses sermons et ses conseils. C’est une adoration pour quiconque agit avec sincérité envers Allah, et cela touche les esprits et les cœurs. Les actes d’une personne joyeuse sont aimés et ses défauts tolérés, à la différence de quiconque est renfrogné et maussade, dont on préfère éviter la compagnie, car au moment de sa rencontre son cœur est empli d'angoisse et d'étroitesse.
Ainsi donc - mon frère orateur - sois cordial et tu verras les poitrines s’épanouir, les gens se tourner vers toi, te mentionner en bien en leur présence, accepter tes directives et tes exhortations et te trouver des excuses pour tes erreurs et tes écarts.
Le quatrième : Sa modestie et sa bienséance lorsqu’il marche, monte sur le minbar et s’y assoit, ainsi que sa chaleureuse manière d’accueillir les fidèles lorsqu’il est assis et pendant le sermon.
On remarque que certains orateurs, avant de commencer leur sermon, s’assoient avec une attitude qui traduit une certaine indifférence envers l’assemblée, ils scrutent les visages des gens autour de lui. Ensuite, lorsque l'orateur commence son sermon, il regarde les gens par des regards furtifs comme s'il ne s'en souciait pas. C'est comme s'il leur faisait ressentir qu'il était courageux et audacieux. Il s'adresse à eux d'un ton sec, en levant la voix et en leur adressant des ordres et des interdictions de manière directe. Ce style ne touche pas les cœurs ; au contraire, cela fait fuir les gens de lui.
Le cinquième : Il ne doit pas caresser sa barbe ni la toucher sans besoin, ni trop détourner le regard, surtout lorsqu'il est assis sur le minbar. En effet, cela réduit la prestance de l'orateur ou suggère son inattention envers ceux qui sont devant lui.
Le sixième : L'utilisation du siwâk avec douceur et bienséance. Or, certains orateurs - qu'Allah les guide - entrent à la mosquée en utilisant le siwâk de manière ostentatoire tandis que d'autres continuent de l'utiliser jusqu'au moment de commencer le sermon. Il reste alors des résidus du siwâk dans leur bouche, qu'ils expulsent pendant qu'ils prononcent le sermon. Ceci est un acte répréhensible, qui peut suggérer un mépris pour les gens et pour l'immense statut du sermon.
Le septième : L'attachement à la Tradition concernant l'habit en ne laissant pas tomber ses vêtements [sous les chevilles] et concernant la barbe en la laissant pousser. En effet, l'orateur est un exemple. Comment les gens pourraient-ils imiter quiconque dont les actes divergent de ses paroles ? Comment pourraient-ils être touchés par les paroles de quiconque dont les siennes n'ont aucun effet sur lui-même ?
Le huitième : La sérénité du corps lors de la prise de parole ; en effet, c'est une preuve de la sérénité de l'âme.
[10] Variation du temps de préparation du sermon.
Le temps de préparation du sermon : Il varie en fonction de la culture et de la science de l'orateur, et en fonction de la matière qu'il énoncera, car celle-ci ne ressort pas de deux types :
Le premier : Qu’il s’agisse de sujets à caractère scientifique, comme les questions de jurisprudence ou de dogme et leurs fondements, alors on doit leur donner un temps à la hauteur de leur importance. Il ne convient pas de les négliger ni les préparer à la hâte juste quelques heures avant le sermon.
Le second : Le sermon doit être exhortatif, ou social, ou ce qui y ressemble, auquel cas son temps de préparation est généralement court.
Mon conseil à un débutant en art oratoire — sans expérience ni connaissances approfondies — est de s’inspirer, dans un premier temps, des sermons de quiconque l'a précédé, en veillant à ce que ceux-ci se distinguent par trois qualités :
La première : Le sermon doit être court de sorte que son énonciation ne lui soit pas pénible.
La deuxième : Le sermon doit être correct grammaticalement et scientifiquement.
La troisième : Le sermon doit être loin de l'affectation, tant sur la forme que sur le fond.
Il n'y a pas de mal à ce qu'avec le temps, il modifie ou ajoute ce qu'il juge convenable, puis qu'il tente d'écrire le sermon par lui-même, en s'inspirant de quiconque l'a précédé.
[11] L'éloignement des ordres directs aux auditeurs.
Évite – qu’Allah te préserve et t'accorde la justesse – les expressions qui donnent des ordres aux auditeurs sans inclure celui qui parle, comme : « Faites » ou « Ne faites pas ». Utilise plutôt : « Faisons », « Laissons », ou ce qui y ressemble. Cette manière de s’exprimer fait ressentir aux auditeurs ton humilité, ton amour du bien pour eux comme pour toi-même, et que tu ne te places pas au-dessus d’eux, ni en matière de religion, ni sur le plan moral.
Un orateur à qui la réussite est accordée commence par s’adresser à lui-même avant de parler à quiconque autre, et il s'exhorte lui-même avant d'exhorter quiconque autre. Ainsi donc, pendant ses sermons, ses paroles s’adressent d’abord à lui-même, ensuite aux gens. En agissant ainsi, Allah l’élève, le rend bénéfique pour ce qu'il dit et Il lui accorde davantage de guidée, d’acceptation et de véracité.
[12] Quand l'imitation dans l'art oratoire est-elle louable et répréhensible ?
N'imite pas un orateur précis dans son style ou sa manière d'être, car ce qui lui convient peut ne pas te convenir. L'imitation corrompt ta créativité et tes talents. Adresse-toi donc aux gens selon ce que ton Seigneur t'a donné comme aptitude, talents et science.
Quant au débutant, il n'y a pas de mal à ce qu'il tire bénéfice d'autrui quant au style et à la matière, mais il ne convient pas qu'il soit une copie de lui ; plutôt, il doit en faire une aide pour élever sa personne.
[13] Ne t’attriste pas pour la faible affluence [de personnes] auprès de toi, ni ne te réjouis de leur grand nombre.
Sache – qu’Allah fasse que tois bénéfique – que l’âme désire voir beaucoup d’auditeurs et de personnes présentes, plus particulièrement parmi tes proches et tes amis. Il peut arriver que tu te demandes s’ils sont là, ou que tu ressentes un léger reproche, même en toi-même, face à l’absence de l’un d’eux. Efforce-toi de lutter contre ton âme pour te débarrasser de ce travers. Leur absence auprès de toi ne signifie pas que tu es faible, mais peut-être qu’ils trouvent repos et bénéfice auprès d’un autre orateur, ou que leur domicile est plus proche de ce dernier, ou pour bien d’autres raisons.
L'orateur véridique se réjouit lorsqu'il entend que les gens assistent auprès de quelqu’un d’autre que lui, il invoque Allah en sa faveur pour sa justesse et son bénéfice et il dresse son éloge s’il entend du bien à son sujet.
Si tu constates une faible assemblée auprès de toi et que les gens s’éloignent de toi, alors interroge ton âme, car le problème peut venir de toi. Soit, peut-être à cause d’un style peu percutant, ou d’un contenu faible, ou d’un sermon trop long, ou d’un manque de sincérité, ou pour toute autre raison.
Demande conseil à des frères véridiques et sincères, demande-leur d'être présents auprès de toi, ou d'écouter ton sermon, puis demande-leur honnêtement qu'ils te fassent part de leurs remarques et avis. Ainsi, tu pourras obtenir des résultats bénéfiques, par la permission d’Allah (Élevé soit-Il).
[14] L'importance d'une bonne préparation.
Si tu es de ceux qui improvisent le sermon : il t'incombe de bien le préparer et de ne jamais faire preuve de laxisme à cet égard, même si le sujet te paraît simple et facile et que tu l'as déjà abordé.
La bonne préparation est l'une des choses les plus gratifiantes pour les orateurs. Bien plus, ils attendent avec impatience le jour du vendredi pour présenter le fruit de leur préparation et de leur labeur.
Le fait de persister dans le manque de préparation et de se contenter des sermons d'autrui comporte de nombreux aspects négatifs, notamment :
Premièrement : Il cause la faiblesse de l'aspiration, l'affaissement de la résolution et la bassesse de l'âme, qui se contente d'imiter les autres.
Deuxièmement : Ceci te fait perdre l'enthousiasme, l'activité et le plaisir, et ça devient comme un souci dont tu veux te débarrasser et qui affecte ta conduite et l'acceptation des gens à ton égard.
Troisièmement : Beaucoup de personnes ressentent que l’orateur n’a pas préparé le sermon lui-même, mais l’a emprunté à quelqu’un d’autre, car son style et son contenu diffèrent de ses habitudes et de son niveau. Par conséquent, le sermon ne reçoit aucune acceptation de leur part.
Quatrièmement : Tu n’en retireras aucun bénéfice, et s’il y en a un, il sera dérisoire. Une œuvre dont l’auteur ne s’investit pas vraiment en recherche et en préparation finit vite par être oubliée et s’effacer.
Tu ne progresseras pas, ton ambition n'augmentera pas, ton aspiration ne s'élèvera pas et nul ne profitera de ta science - excepté ce qu'Allah (Élevé soit-Il) aura souhaité -.
C'est pourquoi, observe le sermon que tu as préparé avec soin : tu verras que tu ne l'as pas oublié, et même si tu y reviens après des années, alors tu sais ce qu'il contient, comme si tu l'avais prononcé récemment.
Quant aux sermons que tu as rapportés d'autrui, tu les oublieras bien vite. Fais-en l'expérience : reviens aux sermons qui datent de quatre ou cinq ans, tu constateras que tu les as oubliés ou que tu peines à te remémorer ne serait-ce qu'une infime partie de leur contenu.
Tu n'en tireras pas aussi de bénéfice pour la compilation de sa matière pour que ce soit un livre dont on puisse en tirer un bénéfice.
Prépare donc le sermon avec attention, comme si tu comptais le publier dans un livre : mentionne les hadiths en précisant leur degré d’authenticité selon l’avis de spécialistes reconnus, cite les références et sources consultées, et assure-toi de sa correction grammaticale, orthographique et linguistique.
[15] Le soin apporté à la ponctuation.
Si tu lis le sermon, veille aux signes de ponctuation et de pause, comme les virgules et autres, et établis-toi des repères personnels pour t'arrêter et reprendre ton souffle pour ne pas être gêné par de multiples arrêts à des moments inopportuns.
[16] L'importance de la diversité des sujets et des styles.
Diversifie les sujets, et ne te limite pas à un seul genre, comme les sermons sur les états des cœurs, ou sur les affaires générales de la communauté, et ce qui ressemble à cela ; considère le besoin des gens dans leur religion et leur vie mondaine.
Plutôt, diversifie abondamment ; pour susciter chez les gens le désir pour tes sermons.
Et si tu en fais une série qui est liée, alors rien n'empêche de la couper en cas de besoin.
Sache que les récits tirés du Livre, de la Tradition authentique et des paroles des nobles Compagnons (qu’Allah les agrée) ont un impact profond sur ceux qui les écoutent. Ils contiennent des leçons précieuses, des enseignements riches, des exhortations marquantes et des perles de sagesse. Veille donc à les utiliser, à les présenter de façon captivante et à en déduire les enseignements et les leçons utiles.
Ne laisse pas ton sermon dépourvu du rappels de situations, de récits, d'exemples concrets et ce qui y ressemble ; afin que tes sermons ne soient pas ennuyeux et pesants.
Prends soin de choisir le style le plus adapté pour raconter les histoires et décrire les situations, en y mettant tes émotions sincères, et laisse-les se refléter dans l’expression de ton visage et dans le ton de ta voix.
Veille à vivre la réalité des gens et leurs soucis, afin de ne pas être dans un monde et eux dans un autre.
[17] L'importance de l'acquisition de compétences et d'arts de l'élocution et de l'influence.
L'orateur est la personne la plus à même d'acquérir les compétences et les arts de l'éloquence ; en effet, il doit convaincre les gens et capter leur attention, afin qu'ils acceptent ce qu'il leur dit.
L'orateur doté d'un style puissant et d'une merveilleuse élocution est - généralement - plus bénéfique aux gens que celui qui n'en est pas doté, quand bien même ce dernier possèderait plus de science et aurait un rang plus élevé.
L'orateur doit écouter des cours sur l'art de l'élocution ; et s'il y assiste, alors ceci est préférable ; il doit aussi lire les livres traitant de ce sujet.
Et quiconque est véridique avec Allah et Lui consacre sa personne et son temps, alors Allah lui accordera, de par Sa douce bonté et Sa grâce, ce qu'il n'aurait jamais escompté ni même imaginé ; et quiconque donne à Allah ce qu'il aime, alors Allah lui donnera au-delà de ce qu'il aime ; et quiconque met sa personne au service d'Allah, alors Allah mettra Ses créatures à son service, et Il mettra à sa disposition les causes du bonheur, de l'élévation et de la puissance.
Ainsi donc, entre toi et les dons du Seigneur Majestueux, il n'y a que la véracité de la résolution, la force de la volonté pour Allah, le délaissement de ce que tu aimes et désires pour ce qu'Allah aime et agrée, et l'effort assidu pour l'élévation de Sa religion et de Sa législation, même si cela devait mener à la déchéance de ton statut auprès des gens de ce bas-monde, des passions et des postes.
[18] Le principe du renouvellement.
Assurément, Allah (Élevé soit-Il) a créé l’Homme avec un penchant naturel pour le renouveau et le changement vers le mieux. C’est pourquoi, on remarque que les gens ne restent jamais dans le même état et, chaque fois qu’une nouveauté apparaît dans leur vie, ils s’empressent de l’adopter dès qu’ils en ont la possibilité.
Ainsi donc, l'homme d'aujourd'hui n'est plus le même qu'il y a dix ans. Bien au contraire, il s'est renouvelé et a changé les aspects de sa vie, son mode de vie, son moyen de locomotion et sa demeure vers ce qui est meilleur.
L’imam du vendredi est la personne la plus en droit de renouveler son style et de l'améliorer, tout en développant ses compétences oratoires et son influence. En effet, s’il se limite à un seul modèle depuis ses débuts dans l'art du sermon, alors non seulement il risque de ne pas progresser, mais pire il risque même de régresser. Avec le temps, il est naturel que l'aspiration et le dynamisme s’affaiblissent, que l’esprit perde de sa vivacité et que l’influence diminue. Il a donc besoin de trouver ce qui peut le stimuler, renforcer son aspiration et son esprit, et accroître ses compétences et ses méthodes afin qu'il surmonte les phases de faiblesse qui touchent ses sens et s'attaquent à son aspiration.
La plupart des orateurs n'ont pas changé de manière claire depuis qu'ils ont commencé à s'adresser aux gens. Cela signifie-t-il donc qu'ils avaient atteint la perfection dès le début ?
Non.
Par conséquent, pourquoi persiste-t-il dans sa méthode habituelle, sans revoir son style et sa présentation, ni prendre les mesures adéquates en matière d'amélioration, de renouveau et d'innovation, alors qu'il s'est efforcé d'améliorer ses conditions de vie et ses affaires de ce bas-monde ?
Et comment ne s'efforcerait-il pas à cela, alors que la position du sermon est l'une des plus nobles et des plus éminentes qu'il assume dans sa vie ?
[19] L'attention portée à deux outils d'influence : la voix et le regard.
L'orateur couronné de succès est dans un besoin impérieux d'utiliser ces deux outils :
1- La voix : C'est l'instrument d'influence le plus puissant et son effet est complété par l'observance de ce qui suit :
a- Le niveau de la voix doit être modéré, que ce soit dans son volume ou son débit, de sorte qu'il ne soit ni trop bas ni trop lent au point de provoquer l'ennui et la lassitude chez les auditeurs. Il ne doit être aussi ni trop élevé ni trop rapide au point de les déranger ou de les empêcher de se concentrer et de comprendre.
b- Il convient que le ton ne soit pas monocorde, car la voix de certains orateurs reste la même durant tout le sermon : si elle est faible, elle lasse les fidèles ; et si elle est forte et élevée, elle les incommode.
Un discours prononcé sur un ton monotone fait perdre aux auditeurs l'interaction avec les paroles de l'orateur, car ils ne distingueront pas les passages importants des autres. Et il ne fait aucun doute que les paroles importantes et percutantes requièrent d'élever la voix de manière notable en accélérant le débit, ou de la baisser en le ralentissant.
c- Formuler l'intonation des phrases en fonction de leur emplacement : si c'est une interrogation, la formuler sur le ton de celui qui interroge ; si c'est une exclamation, la formuler sur le ton de celui qui s'exclame, et ainsi de suite.
d- Il faut ouvrir la bouche plus que lors d'une conversation habituelle. En effet, ceci favorise la clarté de l'articulation des lettres, empêche leur chevauchement et permet de maîtriser la voix. Cependant, il ne faut pas exagérer, car une ouverture excessive de la bouche conduit à un enthousiasme démesuré et à une apparence qui ne convient pas pour l'orateur.
h- L'orateur doit prononcer le sermon avec sa voix habituelle et ne doit pas adopter pour celui-ci une voix et une intonation spécifiques. En effet, cela serait une cause pour créer un fossé entre lui et les gens ainsi qu'une cause qui lui ferait perdre les outils d'influence les plus puissants sur les auditeurs.
Il doit aussi légèrement s'arrêter dans les situations où il convient de le faire ; ainsi, lorsque l'orateur aborde une idée importante qu'il désire ancrer dans l'esprit de ses auditeurs, alors il se tourne vers eux, fixe leurs yeux directement un instant, sans rien dire.
Ce silence soudain a sur eux un effet considérable, en ce qu'il capte leur attention et rend chacun d'eux attentif et réceptif à ce qui doit succéder à ce silence.
Mais, la pause doit être sans un long intervalle et sans surcharge.
Un exemple de cela : 'Alî (qu'Allah l'agrée) envoya au Prophète ﷺ un morceau d'or que ce dernier partagea entre certains de ses Compagnons.
Alors, un homme s'approcha et a dit : « Crains Allah ! Ô Messager d’Allah ! » (...)
Quelle audace à l'encontre du Véridique, du Digne de confiance ﷺ !!
C'est pourquoi le Messager d’Allah ﷺ - en s'étonnant de cette audace - a dit : « (...) Qui donc obéira à Allah si je Lui désobéis ? Allah me rend-il digne de confiance pour les habitants de la Terre, alors que vous, vous ne me considérez pas digne de confiance ? »
Ce qui se trouve entre les deux parenthèses indique une brève pause ; car le contexte le requiert afin de capter l’attention des auditeurs et de susciter leur curiosité quant à ce qui suivra après.
La première phrase : « Quelle audace à l'égard du Véridique, du Digne de confiance ﷺ !! » Cette phrase a été formulée dans une tournure exclamative, car le contexte exigeait qu'il la formule de manière exclamative.
Quant à la seconde phrase : « Qui donc obéira à Allah si je Lui désobéis ? Allah me rend-il digne de confiance pour les habitants de la Terre, alors que vous, vous ne me considérez pas digne de confiance ? » Cette phrase a été formulée comme une interrogation réprobatrice, car le contexte exigeait qu'elle soit exprimée ainsi.
2- Le regard : Il consiste à le répartir sur l'ensemble des auditeurs et à faire interagir tes yeux avec le discours que tu prononces et cela est de la manière suivante :
a- En se tournant légèrement vers la droite et vers la gauche, sans exagération dans la rapidité ou la fréquence ; en effet, cette pratique n'est pas louable, en particulier de la part de l'orateur ; parce qu'elle indique que ses émotions prennent le dessus et le dominent, ce qui conduit à un manque de précision dans la concentration.
b- En ouvrant l’œil ou en exerçant une légère pression ; les mouvements de l’œil ont la plus grande influence sur les personnes présentes, qui y perçoivent des significations que la langue ne saurait exprimer.
La voix et le regard : ce sont deux piliers fondamentaux de l'influence de l'orateur sur les auditeurs ; sans eux, il perd la capacité de leur transmettre ce qu'il veut d'eux et il perd la capacité de les convaincre, de capter leur attention, leur enthousiasme et leur dynamisme.
Il est possible pour chaque orateur de les employer sans gêne ni surcharge, mais sans exagération. En effet, l'exagération en cela dénote de la légèreté et de l'étourderie, tout comme l'excès de gravité et de quiétude appelle à l'ennui et à la lassitude ; et la meilleure des affaires est le juste milieu.
Il existe certaines pratiques qui ne conviennent pas à l'orateur du vendredi, notamment :
1- Bouger les deux mains.
2- Bouger son « Bicht » ou son turban, jouer avec les microphones, avancer et reculer, et ce qui ressemble à cela.
[20] Ne t'attache pas à une formulation précise qui n'est pas établie par la Tradition authentique.
Il ne convient pas de s'attacher à une formulation précise, excepté ce qui est établi par la Tradition authentique, de sorte que l'on ne pense pas qu'il s'agit d'une Tradition (Sunnah), comme le fait de dire à la fin du premier sermon : « Qu'Allah mette la bénédiction pour moi et pour vous dans le Noble Coran... ».
Souvent, à la fin de leur sermon, certains orateurs s'attachent à invoquer et ils en dérogent rarement. Parfois, certains prolongent tellement ces invocations que dès qu’elles commencent de nombreux fidèles ressentent de la gêne et de la lassitude car ils sont lassés par leur répétition fréquente dans un style plus proche de la récitation que de l’interaction attendue dans une invocation.
[21] Le soin apporté à la prononciation des lettres et à leur non-confusion.
Veille à prononcer les lettres avec une parfaite maîtrise de leurs points d'articulation, car cela a un effet profond sur l'éloquence, la clarté de l'expression et la force de la parole.
Parmi les reproches faits à l'orateur : qu'il prononce les mots avec précipitation, au point de lier une lettre ou un mot au suivant avant que le premier ne se soit posé à sa place. La bonne bienséance est de bien articuler les lettres et de bien détacher les mots [15]. - Al Khitâbah 'Inda Al 'Arab (page : 189), de Muhammad Al Khidr Husayn.
C'est comme cela qu'était la parole du plus éloquent de la création ﷺ.
'Aïcha, la mère des croyants (qu’Allah l’agrée), a dit : « Le Messager d'Allah ﷺ ne débitait pas son propos comme votre débit. » [16]. Rapporté par Al Bukhârî (n°3568) et Muslim (n°2493).
[22] L'objectif du sermon et les sujets les plus importants que l'orateur doit aborder.
Il convient à l'orateur de faire passer les gens du monde de la vie d'ici-bas, de ses soucis et de ses événements, vers le monde de l'au-delà et la préparation à celui-ci. Et il ne convient pas que la mosquée soit une tribune médiatique, dans laquelle l'orateur aborde les questions politiques et s'enfonce dans ce qui n'est pas bénéfique aux auditeurs, ni dans leur religion, ni dans leur vie d'ici-bas.
L’orateur à qui Allah (Élevé soit-Il) accorde la réussite consacre l’essentiel de ses discours à renforcer la foi et l’attachement envers Lui. En effet, plus la foi des gens grandit et plus leur lien avec leur Seigneur se solidifie, plus ils sont enclins à délaisser les péchés et les futilités.
Et parmi les sujets que l'orateur ne doit pas négliger et qu'il doit continuellement répéter :
Le monothéisme et les piliers de l'Islam.
La description de la prière et l'importance du recueillement durant celle-ci.
Les sujets liés aux occasions annuelles, comme le propos sur le mérite du mois de Ramadân lorsque vient son temps.
La mise en garde contre les épreuves et la manière de se comporter face à celles-ci.
La mise en garde contre les innovations.
La mise en garde contre la ruse de Satan et ses voies de tentation.
Les comportements et les bonnes manières, et ce qui leur est lié.
Parmi les sujets qui augmentent la foi et l'attachement à Allah :
1- Exalter Allah par le rappel de Ses Attributs et de Ses bienfaits dans l'âme des hommes.
2- Exalter le noble Coran qui est Sa Parole.
3- Le rappel des récits des Prophètes (paix sur eux), et à leur tête leur sceau, notre Prophète Muhammad ﷺ ainsi que les nobles Compagnons (qu'Allah les agrée).
4- Le rappel du Paradis, ses descriptions et les causes de son entrée, ainsi que l'Enfer.
5- L'attention apportée aux adorations du cœur, comme : la confiance en Allah, le retour vers Lui, le repentir, la crainte révérencielle et la soumission docile.
L'érudit Ibn Al Qayyim (qu'Allah lui fasse miséricorde) a dit : « Quiconque réfléchit profondément aux sermons du Prophète ﷺ et de ses Compagnons constatera qu’ils suffisent largement à l'explication de la guidée et l’Unicité, au rappel des attributs du Seigneur – Magnifié soit Sa majesté – et des fondements globaux de la foi, à l'appel à Allah, à la mention de Ses bienfaits (Élevé soit-Il) qui inspirent l’amour de Ses créatures, à la narration des événements passés qui incitent à craindre Sa rigueur, à l'ordre de Se rappeler de Lui et Le remercier qui conduit à être aimé de Lui. Ils mentionnent donc la grandeur d'Allah, de Ses attributs et de Ses Noms, qui inspirent l’amour envers Lui et ils ordonnent Son obéissance, Son remerciement et Son rappel. Les auditeurs repartent alors en L’aimant et en étant aimés de Lui.
Ensuite, avec le temps, la lumière de la Prophétie s’est faite discrète ; les législations et les injonctions sont devenues des rituels accomplis sans souci de leurs réalités profondes ni de leurs finalités. On leur a donné leurs formes, on les a embelli de toutes sortes d’ornements ; on en a fait des rituels et des pratiques des traditions à ne pas négliger, mais on en a oublié les finalités essentielles. Les sermons furent agrémentés de prose rimée et de figures de style, si bien que l’effet sur les cœurs diminua, voire disparut, et que l’objectif initial fut perdu. » Fin de citation. [17]. - Zâd Al Ma'âd Fî Hadyî Khayr Al 'Ibâd (1/409-410).
Et, dans son discours à propos de l'objectif du sermon, il (qu'Allah lui fasse miséricorde) a dit : « Ceci désigne l'éloge et la glorification d’Allah, l’attestation de Son Unicité et de la mission de Son Messager ﷺ, le rappel aux serviteurs de Ses bienfaits, l’avertissement contre Sa rigueur et Sa vengeance, la recommandation de ce qui les rapproche de Lui et de Son Paradis, ainsi que l’interdiction de ce qui les mène à Son courroux et à Son Feu. Ceci est donc le but du sermon et du rassemblement qui l’accompagne. » Fin de citation. [18]. - Référence précédente (1/386).
Il convient donc à l'orateur d'alerter les gens des erreurs courantes dans le dogme, les adorations, les comportements, les transactions, les moyens de subsistance, l’éducation et tout ce qui ressemble à cela, de les mettre en garde contre la tentation de se plonger dans les troubles, et leur enseigner les affaires de leur religion.
Et Allah sait mieux. Que la paix et le salut d'Allah soient sur notre Prophète Muhammad, ainsi que sur sa famille et tous ses Compagnons.